Soutenance de thèse Clémence SCHANTZ, Construire le corps féminin à travers les pratiques obstétricales à Phnom Penh, Cambodge – 16 décembre 2016

Clémence SCHANTZ, Construire le corps féminin à travers les pratiques obstétricales à Phnom Penh, Cambodge, Univ. Paris Descartes, CEPED UMR 196, thèse de sociodémographie, dir. Véronique Petit, soutenance le 16 décembre 2016 (clemschantz@hotmail.com)

Jury :

Alexandre DUMONT, épidémiologiste, santé des femmes et santé périnatale, directeur de recherche, IRD, Ceped.

Anne Yvonne GUILLOU, anthropologue, chargée de recherche CNRS, IRASEC.

Patrick HEUVELINE, démographe, professeur à l’Université de Californie, Los Angeles (UCLA), rapporteur.

Yannick JAFFRE, anthropologue de la santé, directeur de recherche, CNRS UMI 3189 & EHESS, rapporteur.

Véronique PETIT, démographe, professeure à l’Université Paris Descartes, Ceped, directrice de thèse.

Résumé : Le Cambodge est l’un des neuf pays au monde à avoir atteint l’OMD 5 des Nations Unies, c’est-à-dire à avoir diminué de trois quarts le taux de mortalité maternelle au niveau national entre 1990 et 2015. Ce taux est ainsi passé de 1020 à 161 décès maternels pour 100 000 naissances au cours de ces 25 années. Ce succès est le résultat de politiques publiques volontaristes : une politique de planification familiale, la mise en place de systèmes de financements de la santé, la formation puis le déploiement de milliers de sages-femmes sur le territoire. Cette réussite s’explique également par une mutation sociologique de premier plan : l’accouchement, qui était historiquement un événement avant tout social et qui se déroulait dans l’intimité de la maison, est devenu un événement public pour la femme et sa famille. Alors qu’en 2000 moins de 10% des femmes accouchaient dans une structure médicalisée, elles étaient plus de 80% dans cette situation en 2014, traduisant ainsi la biomédicalisation massive et soudaine de l’accouchement dans tout le pays.

Cette recherche sociodémographique remet en question la vision idéalisée des Nations Unies concernant la santé maternelle au Cambodge en rendant visibles et en observant les pratiques obstétricales « par le bas » à partir d’une enquête empirique sur plusieurs terrains à Phnom Penh et en Kandal (milieu rural). La méthodologie développée conjugue une observation participante, à des entretiens semi-directifs auprès de soignants et de non soignants (hommes et femmes), des questionnaires auprès de femmes enceintes puis accouchées (cohorte), ainsi qu’une collecte de données médicales dans quatre maternités de Phnom Penh. Les résultats montrent que certains hôpitaux et cliniques pratiquent des épisiotomies systématiques, ce qui est contraire aux recommandations internationales, et que le taux de césariennes dans la capitale a presque triplé en quinze ans, dépassant depuis le début des années 2000 le seuil de 10% recommandé par l’OMS. Enfin, une pratique répandue de périnéorraphies visant à resserrer fortement le vagin de femmes jeunes et en bonne santé après des accouchements par voie basse, sans indication médicale, est courante dans la capitale. Ces pratiques obstétricales, historiquement construites, vont alors fréquemment être détournées de leur usage médical pour répondre à une demande sociale.

Le corps des femmes a été appréhendé dans cette recherche comme un corps social et politique, révélateur des rapports sociaux, sur lequel se jouent de nombreux enjeux de pouvoirs. La thèse a révélé que ces trois pratiques obstétricales faisaient système en se renforçant les unes les autres. A l’intersection entre corps, genre et biomédecine, la recherche a montré que ces différentes pratiques obstétricales pouvaient être conçues comme des instruments de domination. Le genre, tel qu’il est pensé dans la société, va contribuer à fabriquer un sexe féminin, mais aussi à construire un corps féminin de façon plus générale. Mais la thèse a dévoilé également que certaines de ces pratiques vont être saisies par les femmes, afin d’accroître leur attractivité sexuelle, leur permettant de renégocier les rapports de genre, et de maintenir l’harmonie et la stabilité du couple.

Contrusting female body through obstetrical practices in Phnom Penh, Cambodia

Cambodia is one of the nine countries worldwide to have reached the United Nations’ MDG 5. A reflection of this achievement is a 75% drop in the national maternal mortality ratio from 1020 to 161 deaths for 100 000 live births between 1990 and 2015. This success is the result of voluntary public policies i.e. a family planning policy; the set-up of health care financing systems; and the training of thousands of midwives across the country.

A deep sociological transformation can also help to explain this success. While childbirth in Cambodia used to be a private event, which took place at home, it has now become a public event for women and their families. In 2000, less than 10% of women were giving birth in a medicalized structure. By 2014, this number rose to over 80%, showing the sudden and massive biomedicalization of childbirth across the country.

This socio-demographic research challenges the idealized vision of the United Nations regarding maternal health in Cambodia by showing and observing obstetrical practices on the ground, from an empirical study led in several setups in Phnom Penh and in Kandal province (rural sector). This mixed method research draws from participant observation, semi-structured interviews with healthcare professionals and patients (men and women), questionnaires with pregnant women (pre- and post- childbirth), as well as examination of medical records from four Phnom Penh maternity wards.

The results show that episiotomies are systematically performed in some hospitals and clinics, in contradiction with international recommendations. Furthermore, the number of caesarean sections in Phnom Penh has almost tripled in fifteen years, and since the beginning of the 2000s it is above the 10% threshold recommended by the WHO. Finally, in the capital city, a common practice is observed: perineorraphy, which aims at tightening the vagina of young and healthy women shortly after a vaginal delivery without any medical indication. These three obstetrical practices have historical roots and are now frequently used outside of their medical purpose, as a response to a rising social demand.

In this research, women’ body has been considered as a social and political object that reveals social relationships, where many power negotiations occur. The thesis shows that these three obstetrical practices are interconnected and form a system. At the intersection between body, gender and biomedicine, these different obstetrical practices can be understood as tool of domination that seeks to shape the female body according to social expectations. In this way, the perception of gender in a society shapes the female body, and more precisely, the female sexual organs. Nevertheless, some of these practices are nowadays consciously chosen by women to increase their erotic capital, in an attempt to renegotiate gender relationships and preserve marital harmony.

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