Appel à contribution Rencontres, reconfigurations, redéploiements

Appel à contributions pour un numéro thématique de la revue DIASPORAS Circulations, migrations, histoire

Diasporas et villes – XVIe–XXIe siècle

Rencontres, reconfigurations, redéploiements

Penser les diasporas dans la ville, avec elle et au-delà, est une invitation à observer comment des groupes humains venus d’ailleurs se mesurent au fait urbain. Comment, séparément ou ensemble, ils s’éprouvent au contact d’un lieu où, de prime abord, tout semble incertain, à commencer par l’environnement urbain, les usages locaux et les législations en vigueur. Aussi conviendra-t-il de faire entendre le choc de l’inconnu, le bruissement des premiers pas — à moins que ce ne soit bousculade et cohue —, les réactions immédiates des habitants, étrangers ou non. L’état d’incertitude peut également s’étendre aux projets individuels et collectifs des nouveaux arrivants, car même lorsque ces derniers ont été bannis de leur pays d’origine, la vie hors-frontière admet un temps d’indétermination durant lequel les contours de la communauté diasporique restent flous, mouvants, prêts à s’estomper si la possibilité d’un rapatriement collectif devait se présenter. À ce stade, d’ailleurs, peut-on déjà parler de diaspora ? Comme l’a maintes fois souligné Stéphane Dufoix, une diaspora n’est jamais un donné, une évidence qui préexisterait à elle-même. Dès lors, les articles de ce dossier aborderont l’espace urbain comme laboratoire du fait diasporique, où décrypter avec acuité ce que l’on ne saurait lire ailleurs. Ils appréhenderont celui-ci dans sa diversité, sans limitation à une quelconque aire géographique ni à un champ disciplinaire. En question, les modalités concrètes d’une expérience de l’altérité, telle qu’elle s’exprime dans la ville à travers le tumulte des arrivées et des départs ; telle que la rejoue, ensuite, le balancement qui s’opère entre une fraction restée dans la mobilité et la communauté stabilisée. Une expérience de l’altérité située, impliquant pour le groupe de marquer son empreinte dans le tissu urbain, de se différencier au prix de frictions internes et externes, voire de conflits ouverts, et d’ajustements nécessaires. Au fil du temps, la structuration des réseaux communautaires permet d’affermir localement une présence, ou au contraire de conduire la ville hors de ses frontières par le développement réticulaire de liens transnationaux. La ville, qui n’a de cesse de remettre ses habitants en mouvement, voit donc son propre espace se transformer de la présence étrangère. Lorsque la différence procède d’une assignation extérieure et se change en stigmate, la ville peut, dans le pire des cas, refermer ses mailles sur les indésirables, ses rues devenant alors le théâtre de violences directes, quand elles n’ouvrent pas des interstices (caves d’immeuble, toits, voisinage, etc.) où trouver refuge. Il s’agit, en définitive, d’interroger la réalité diasporique par une mise en rapport des lieux, des histoires et des liens, soucieuse de faire varier les échelles spatiales et temporelles de l’analyse. Les articles s’attacheront à dégager les diasporas de l’approche fixiste qui, bien souvent, les condamne à n’exister qu’à la lumière des marqueurs identitaires inscrits ici et là, ou encore à n’exister qu’en vase clos, sans considération suffisante pour les liens qui se tissent avec l’autre ou pour les conflits qui peuvent surgir au quotidien. La variable temporelle permet de cerner le phénomène urbano-diasporique dans toute sa complexité, de sa mise en place à ses gains de visibilité, de ses inscriptions identitaires réinventées pour durer à ses phases éventuelles de rétractation locale ou de redéploiement, selon un cycle bien décrit par Natalia Muchnik pour les diasporas de l’époque moderne.

Les contributions pourront s’articuler autour de trois axes de réflexion, correspondant chacun à une séquence de cette histoire spatialisée des relations diaspora-ville.

1- Rencontres

Première échelle de temps mobilisée pour saisir des collectifs en train de s’éprouver

au contact de la ville et de ses habitants, celle de la rencontre, de la mise en relation. Une

scansion chronologique aussi brève et ramassée réclame une échelle spatiale appropriée :

celle qui, au plus près des acteurs, entre de plain-pied dans les cafés, les hôtels meublés, les

auberges, les camps du refuge et autres lieux emblématiques des situations liminaires. Sans

oublier les cercles de sociabilité prisés des plus aisés, les lieux de culte, les fraternités de

bienfaisance. La thématique de la rencontre suggère de suivre les trajectoires dans les lieux

où les premiers rassemblements acquièrent une dimension sociale significative, sans

toutefois présumer de l’intentionnalité à « faire diaspora ». Il conviendra donc d’expliciter

les logiques qui président aux regroupements, tout en prêtant attention aux effets du hasard,

aux hésitations à rester, à repartir — en somme, aux configurations labiles qui se font et se

défont dans l’espace urbain.

L’installation, quand elle a lieu, advient-elle par défaut, par infortune, ou parce qu’à

l’inverse des opportunités surviennent, fruit d’interactions diverses qu’il s’agirait alors de

préciser ? Mais encore, s’installe-t-on comme pionniers ou à la suite de ceux qui ont formé,

sur place, un noyau communautaire ancien ? Ce dernier point attire plus particulièrement

l’attention sur la nature des rapports que les nouveaux venus entretiennent avec les

institutions présentes dans la ville (structures communautaires éventuelles, pouvoirs

municipaux et autres), entre contrainte et ressource.

Enfin, le questionnement sur l’arrivée dans la ville met fortement en scène les

imaginaires migratoires. Révélateur des horizons d’attente, le choc de l’arrivée peut se lire

comme l’entrechoquement de plusieurs espaces, réels et fantasmés, présents et passés… Or

cette confrontation a décanté dans les mémoires, jusqu’à devenir matière littéraire, repère

saillant des récits familiaux, bref, un motif à part entière de l’histoire diasporique que les

articles pourront envisager en mobilisant des sources narratives de diverse nature.

2- Reconfigurations/recompositions

Cette étape des relations ville-diaspora observe comment le groupe diasporique

émerge des lieux, ou pour le dire autrement, comment l’espace urbain donne à voir

l’agencement diasporique. Cette interrogation en soulève immédiatement deux autres : la

première porte sur la durée nécessaire pour qu’une telle structuration soit perceptible, la

seconde, sur l’échelle d’analyse qu’il convient d’adopter pour identifier dans la ville une

formation diasporique.

Suivant les lieux où ils se laissent observer, les groupes apparaissent tantôt comme

cercle familial et/ou professionnel, tantôt comme collectif identifiable à une origine

géographique, à une couleur politique, à une aire linguistique, à une communauté religieuse,

à un vécu migratoire, à une catégorie sociale, etc. Où, quand et pourquoi se référer à la

notion de diaspora ? Est-ce là, pour le chercheur, manière de durcir des formations

évanescentes ? De rendre compte, au contraire, d’un rapport souple, éclaté, aux territoires

habités ? De saisir un réel fait d’une multiplicité de liens, qui se recomposent, se cumulent

et s’entrecroisent dans l’espace ?

Entre l’histoire urbaine et l’histoire migratoire, les contributions sauront mettre en

oeuvre une pensée du lieu qui ne réduise pas la diaspora à un phénomène de sédimentation

mécanique dans la ville. Guère plus, à un inventaire d’inscriptions en langues étrangères,

même s’il importe aussi de montrer que la ville se modifie de la présence en question par

l’apparition de nouveaux quartiers, de nouveaux lieux de rencontres et espaces de

sociabilité, ou simplement par de nouvelles façons de l’habiter. À réfléchir, le rapport aux

autres qui se construit à travers l’appropriation de l’espace urbain. Un espace dont la

jouissance partagée peut se faire aussi sur un mode concurrentiel, là où la pression foncière,

ou une réglementation restrictive envers certaines catégories d’habitants, entraînent des

tensions sociales.

3- Redéploiements

Villes et diasporas présentent des analogies de forme. Par leur fonctionnement en

réseaux, en effet, les diasporas font le décalque dans l’espace du maillage transnational que

dessinent les villes entre elles. C’est à ce double système de ramifications qu’il s’agira de

s’intéresser, dans une perspective dynamique s’efforçant d’en penser les interconnexions.

L’individualisation des parcours, par exemple, permettra de voir comment les

circulations tirent la ville ailleurs, l’enrichissent des liens tissés hors de son périmètre

géographique stricto sensu. En retour, les échanges déployés à l’échelle macro sont autant

de linéaments à suivre pour cerner une réalité diasporique, caractérisée par ses extensions

multiples et entrecroisées dans l’espace.

C’est au demeurant la notion de cosmopolitisme qui mérite d’être réinterrogée à

travers le prisme des diasporas en contexte urbain, et ce, dans ses multiples déclinaisons,

tant spatiales que sociales : qu’il s’agisse justement des redéploiements individuels et

collectifs hors de la ville elle-même (pour rappel, l’une des premières définitions du

cosmopolite apparue dans un dictionnaire français en 1784 est « qui a une répartition

géographique très large ») ; des formes de coprésence, de coexistence de populations

diverses, organisées ou non en communautés ethno-confessionnelles ; ou encore de

l’élaboration et du partage d’une « communauté d’intérêt » qui réunit les habitants, par-delà

leurs différences, autour d’un minimum accepté par tous, pour reprendre l’analyse de Robert

Ilbert dans son étude d’Alexandrie au XIXe siècle.

Calendrier et informations pratiques :

 15 septembre 2015 : date limite de réception des propositions d’articles (max. 250

mots), accompagnées d’un paragraphe présentant l’auteur.

 30 septembre 2015 : réponse des coordinatrices du dossier aux auteurs suite à leur

proposition d’articles.

 30 mars 2016 : date limite d’envoi des articles (40 000 signes, notes et espaces

compris).

 Début décembre 2016 : sortie du numéro.

Coordinatrices du dossier :

 Anouche Kunth (CNRS, MIGRINTER) : anouche.kunth@gmail.com

 Marie-Carmen Smyrnelis (FASSE, ICP) : mc.smyrnelis@voila.fr

La revue Diasporas (classée AERES et ERIH) est publiée par les Presses

Universitaires du Midi et sera disponible dès son prochain numéro en libre

consultation en ligne sur revue.org.

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