« A la recherche de ông Trượng. Présences et absences dans la possession » , Mardi 14 avril

Paul Sorrentino, Post-doctorant, Centre Asie du Sud-Est (Ehess/Cnrs)
Communication dans la cadre du séminaire du projet ANR « Présence d’esprits »
Université Paris Ouest La Défense, Nanterre
Maison de l’Archéologie et de l’Ethnlogie
MARDI 14 AVRIL 2015
Salle 308
10h30 – 12h30

Résumé

Banlieue de Hanoï, été 2010. Après de longs mois de recherche, les descendants de ông Trượng s’apprêtent enfin à rapatrier sa sépulture égarée au village natal. D’après les prédictions du médium cậu Phong, le défunt doit s’emparer du corps d’un membre de la famille, par l’intermédiaire duquel il guidera le groupe jusqu’au lieu où repose son cercueil, quelque part en contre-bas de la digue. Chacun nourrit des attentes et des espoirs, mais l’incarnation de ông Trượng par sa fille ne pourra tous les satisfaire : cette possession sera émaillé de doutes, de désaccords, et de malentendus, jusqu’à être contestée par la possédée elle-même.
A partir du récit de cette recherche de tombe et d’une description plus générale du contexte de pratiques dont elle relève, ma communication visera à interroger la mise en présence spécifique des esprits que constitue la possession.

Pour faire face aux problèmes soulevés par l’incarnation de ông Trượng, je tenterai de concilier deux approches apparemment incompatibles, à savoir celle de la sociologie pragmatique (Boltanski, 2009) et celle de l’anthropologie existentiale (Piette, 2009). La première, recourant aux épreuves, se prête particulièrement bien à l’étude de situations marquées par l’incertitude mais imposant des prises de décisions collectives, souvent conflictuelles. La seconde, proposant de se centrer sur les individus (humains ou non) et sur les variations d’intensité de leur présence aux actions dans lesquelles ils sont engagés, entend donner accès au surplus d’expérience qui caractérise tout événement, au delà des enjeux perceptibles dans une analyse des interactions.

Si des contradictions peuvent apparaître entre ces deux approches, notamment quant au statut de l’action et de la croyance, toutes deux ont en commun l’exigence d’une ethnographie fine, seule apte à rendre compte des situations profondément ambiguës qui caractérisent la possession. Je montrerai qu’une lecture de la possession en termes d’épreuves, loin de se réduire à un interactionnisme rationaliste supposant une certitude à la base de toute action, permet au contraire de décrire les présences et les absences des morts – mais aussi des vivants – en tenant compte de la fragilité qui les caractérise, tout en prenant au sérieux les compétences critiques des individus impliqués dans la mise en présence des esprits.

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