Soutenance de Paul Sorrentino (Anthropologie, Vietnam)

Paul Sorrentino (CANTHEL-Université Paris Descartes) a soutenu publiquement le vendredi 29 novembre 2013 sa thèse d’Anthropologie intitulée:

Áp vong : appliquer l’âme. Rituels non-médiumniques de possession par les morts dans le nord du Vietnam

La soutenance a eu lieu à la Sorbonne, en salle F673, galerie Gerson.

Résumé de la thèse

Dans cette thèse, j’interroge le développement rapide, au Vietnam et dans les années 2000, d’une forme nouvelle de rituel de possession par les morts, appelée áp vong (littéralement : appliquer/apposer l’âme). L’une des particularités de ces séances est que les défunts n’y sont pas incarnés par le spécialiste rituel, qui ne joue qu’un rôle d’encadrement, mais par un client, par l’intermédiaire duquel les autres membres de la famille pourront interroger leurs morts. Après un exposé du contexte d’idées et de pratiques dans lequel ces rituels sont apparus (représentations liées à la personne, conceptions sotériologiques, autres pratiques de possession), je tente de comprendre la place qu’ils prennent dans la société vietnamienne, marquée par une transformation profonde de la relation entre les vivants et les morts liée au traumatisme de la guerre. Cela m’amène à analyser les aspects politiques de cette innovation rituelle : en effet, la popularisation fulgurante des séances de áp vong a eu pour théâtre des « centres de recherche » créés par des intellectuels vietnamiens se posant en promoteurs de ces pratiques face à un pouvoir central pris entre sa volonté d’éradiquer les « superstitions » et son devoir de prendre en charge la mémoire des victimes de la guerre. Enfin, pour tenter de comprendre ces rituels, où ceux qui incarnent les morts ne sont ni des médiums, ni des victimes de l’affliction causée par un défunt, et où la possession est constamment en train de se faire et de se défaire (j’accorde une place importante aux séances qui ne « fonctionnent » pas ou mal), j’adopte une approche constructiviste visant à lire la possession autour du possédé plutôt qu’en lui. De là, je propose de considérer la possession comme une épreuve, au sens que la sociologie pragmatique a donné à ce terme : une qualification négociée de la réalité, portant dans ce cas sur l’attribution d’une agentivité (celle d’un défunt) à un corps (celui du possédé).

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