Soutenance d’Aliénor Anisensel (ethnomusicologie, Viêt-Nam)

Le sens d’une tradition élitiste dans le Viêt-Nam contemporain : pratiques, apprentissages et esthétiques du chant Ca trù

Jeudi 5 janvier 2012 à 14 h à l’Université Paris-X Nanterre La Défense, Bâtiment B – Salle des Thèses « René Rémond » (B 015, à gauche), 200 avenue de la République, 92 001 NANTERRE Cedex

Résumé

La thèse porte sur la tradition poético-musicale du Ca trù pratiquée au Viêt-Nam par une centaine de musiciens spécialistes. L’enjeu est de décrire et interpréter cette tradition par le biais de ses pratiques (Ière partie), de ses apprentissages (IIème partie) et de ses esthétiques (IIIème partie) afin de comprendre le sens de son élitisme, d’origine lettrée, dans le Viêt-Nam contemporain gouverné depuis 1954 par le Parti Communiste. L’étude s’élabore à partir de deux hypothèses. La première est que l’observation des pratiques sociales du Ca trù offre une porte d’entrée pour comprendre la signification élitiste de cette tradition. La deuxième est que si le Ca trù est aujourd’hui encore porteur d’un capital symbolique élitiste, c’est que son élitisme doit imprégner la matière poético-musicale même et qu’il doit pouvoir être analysé au cœur des processus de transmission et de performance musicales. Les réflexions de la thèse s’appuient principalement sur une enquête de terrain de dix-sept mois, menée entre 2003 et 2008 dans trois clubs de Ca trù : le club de Ca trù du village de Lỗ Khê, non loin de Hanoï, qui se réunit lors des cérémonies votives célébrées dans les lieux de culte aux divinités tutélaires et patrons de métier en faveur des villageois et plus particulièrement des notables ; un réseau hanoïen de clubs de Ca trù qui ont dû se positionner par rapport à la politique étatique de patrimonialisation visant, depuis 2005, à façonner une culture de prestige du Ca trù ; enfin, le club de Ca trù de Hô Chi Minhville, où le revivalisme du Ca trù donne lieu à des controverses entre factions de l’élite cultivée originaire du Nord.

L’analyse des données de l’enquête aboutit à trois résultats principaux : 1) L’élitisme social caractéristique de la pratique du Ca trù s’est adapté en partie à la nouvelle société née de la Révolution d’Août 1945. 2) L’élitisme du Ca trù se situe non seulement dans la pratique mais aussi dans la matière poético-musicale même considérée comme la mise en œuvre d’une connaissance à la fois linguistique (celle du sino-vietnamien), formelle (celle de la forme poétique et d’une grammaire musicale élaborée) et expressive (celle de techniques d’ornementation et de variation sophistiquées). 3) Enfin, l’élitisme du Ca trù peut s’analyser au cœur de la performance, dans un cadre à la fois identitaire, expressif et critique (selon la « bonne écoute » incarnée par le joueur de tambour lettré qui crée une distanciation intellectualisée avec l’émotion au travers d’un « commentaire » du poème chanté).

Jury

Le jury est composé, selon l’organisation des soutenances propre à Nanterre, de : deux rapporteurs extérieurs (Messieurs Philippe PAPIN, directeur d’études de l’Ecole pratique des Hautes Etudes et membre de l’Ecole française d’Extrême-Orient et François PICARD, professeur d’ethnomusicologie analytique à l’Université Paris IV-Sorbonne) ; d’un membre de l’Ecole doctorale « Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent » (Monsieur Jean LAMBERT, maître de conférences) ; et du directeur de la thèse (Monsieur Gilles TARABOUT, directeur de recherche CNRS). Sont également membres du jury Madame Dana RAPPOPORT (chargée de recherche au CNRS, Centre d’Asie du Sud-Est) et Monsieur TRẦN Quang Hải (retraité du CNRS).

MOTS-CLÉS : Ethnomusicologie, Viêt-Nam, Ca trù, Culture élitiste, Élitisme, Érudition, Sino-Vietnamien, Pratique musicale, Apprentissage,
Esthétique, Politique culturelle, Parti Communiste, Patrimoine.

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